Commentaire de commentaire…

(Ceci est un commentaire par rapport à cet article, qu’il n’était possible de publier autrement ;-))

Après quelques temps de réflexion, de lecture et de recherches, je me permets de revenir dans le coin avec un certain nombre d’observations et de commentaires sur des points qui me semblent importants.

Je commencerai par le SNEP (à ne pas confondre avec le SNEP ou les autres SNEP). Le Syndicat national de l’édition phonographique (syndicat français), membre de l’IFPI a donc pour but la défense des intérêts de ses membres, qui comptent 4 majors.

Je reproduis ici la définition qu’il se donne, pour vous économiser quelques clics (mais les « purs » vérifieront) : « Créé en 1922, le Syndicat National de l’Edition Phonographique regroupe 48 membres dont il est le porte-parole et le représentant, vis-à-vis du Gouvernement, des parlementaires et de l’administration, (ainsi) que des autres organisations professionnelles, de la presse et du public ».

Rien ne laisse penser qu’il soit lié à la moindre obligation d’objectivité, et il serait bien mal avisé de ne pas compter la propagande à son arsenal (ce qui est vraisemblablement le cas). Une objectivité que j’accorderais volontiers au Centre National des Variétés, qui semble être un équivalent de la SUISA suisse, mais étant sous la tutelle du Ministère de la Culture (qui démontre toute l’étendue de ses compétences ces temps-ci), une réserve me parait de mise. En passant, relevons brièvement que la SUISA, qui fournit nombre d’informations très utiles, se fourvoie elle aussi concernant le fonctionnement du Peer to Peer.

Le SNEP, dans cet esprit, propose donc des dossiers et des chiffres clés détaillant ses vues.

Entre les chiffres et les affirmations rarement étayées et aux sources inconnues (méthode curieusement familière), venant de Think tanks ou d’autres associations dont la partialité est avérée par le simple fait des causes et membres qu’ils représentent, on trouvera tout son bonheur pour soit:

– se morfondre quant à un manque à gagner évident
– se scandaliser du point précédent au vu de l’essor, voire de l’explosion des ventes de musique en ligne

selon de quel camp on se prévaut. Offrez-vous une pause au boulot, cherchez toutes les contradictions envisageables dans ces chiffres. Et imaginez quelle note on vous donnerait au collège pour des dossiers de cette qualité.

D’un point de vue expertise sur les problématiques liées à internet, l’avis d’Hervé Rony, actuel directeur si l’on en croit le blog du SNEP, concernant la problématique du filtrage de contenu, vaut le détour: « Si on peut le faire pour la pédophilie, on peut le faire pour la musique aussi. » Pour le néophyte, ceci revient à dire: Si l’on peut filtrer l’eau dans une station d’épuration, on peut bien filtrer des déchets nucléaires pour leur enlever leur radioactivité.

Plutôt que de me livrer à quelque démonstration ayant recours à divers détournements de sens, de syllogisme, d’interprétations et autres flous artistiques basés sur des hypothèses ne reposant sur rien de solide, je vais faire 3 observations.

D’entrée de jeu, et de manière répétée dans ces documents, Internet/le peer to peer/le piratage (3 éléments à ne pas confondre), allié au développement de connections à haut débit est, sans AUCUNE explication, désigné comme LA cause de l’effondrement des ventes de musique (dont les numériques ont toutefois augmenté de 40% de 2006 à 2007, selon les « chiffres clés »). On se satisferait apparemment d’une « évidence ».

Ah, si, pardon, une « explication » est fournie, ou du moins un très joli leurre. Il semblerait donc que mettre 2 graphiques en vis à vis, tout en s’auto-citant et en pointant un « coupable » du doigt, ait valeur de preuve. Ceci dit, utiliser le haut débit est une bonne idée, l’augmentation de la population mondiale ou le réchauffement climatique aurait fait rire un peu beaucoup de monde.

Je me souviens qu’en début d’année, j’ai pu remarquer, pendant une semaine entière, une corrélation directe entre la météo et le cours du SMI. Ceci dit, je me suis abstenu de défoncer les portes de Swissquote ou de la bourse de Zürich pour déclamer à l’assemblée que je détenais la Vérité. Ce genre de comportement convient très bien pour des Croisades, mais pas pour une argumentation cohérente. De plus, on y perd généralement plus qu’on y gagne.

Autre point d’intérêt:

Selon les chiffres clés du SNEP, « Le ratio entre téléchargements illégaux et téléchargements légaux est de 20 pour 1 ». Ok. Hormis la question de la source (SNEP, IFPI, la Française des Jeux, personne ?), on notera en passant l’amalgame classique entre « peer to peer » et « piratage/pillage », alors que nombre de sociétés et d’associations, (dont Blizzard avec World of Warcraft, ainsi que Jamendo, proposant de la musique libre de droits) l’utilisent de manière on ne peut plus légale. Je ne vous cache pas que déployer régulièrement des mises à jour de plusieurs centaines de Mégaoctets à des millions d’utilisateur, ca « peut » influer sur des chiffres.

Je reprends une autre observation du même PDF, disant que « Le ratio entre le nombre de fichiers « illégaux » et le nombre de titres légaux (échangés/téléchargés en 2007) est de 20 pour 1″. Mince, y aurait-il une corrélation (pour ne pas parler de rapport 1:1) entre la proportion de l’offre légale et les ventes réalisées ?!?

Et en 3ème…

Le SNEP propose des « dossiers » et en aucun cas des « sondages » ou des « statistiques », car il faudrait pour ce faire se baser sur un échantillon représentatif. Rien ne laisse penser qu’il se base sur autre chose que les chiffres fournis par ses membres, laissant la porte grande ouverte à la possibilité que le manque à gagner soit dû à la concurrence non représentée, « parce que non membre » plutôt qu’au vilain pirate. Mettons-nous un instant à la place de celui-ci: des industries, qui l’accusent d’un manque à gagner, fournissent des chiffres qui, une fois rassemblés par un syndicat des mêmes industries, fournissent la preuve de ce qu’ils avancent. En ce qui le concerne, il y a moins à redire sur le déroulement du processus démocratique iranien…

Mais passons, afin de nous encoubler sur un article de ce genre qui, en plus de montrer que des graphiques peuvent aussi aller dans le sens inverse à ceux du SNEP, cite des chiffres d’une étude faite par des gens dont c’est le métier.

On y dit notamment que « parmi les internautes fréquentant régulièrement les réseaux peer-to-peer entre 9 et 16 % sont également des consommateurs légaux de musique ». Entre une personne sur 6 et une personne sur 10, donc, à la louche. Sans qu’il ne faille y voir un lien, ces proportions me font penser à mon rapport « CD écouté/CD acheté » à l’époque ou je ne disposais que de l’écoute en magasin.

Mais en parlant de lien, ce qui est relativement certain, c’est qu’assimiler le pirate moyen à un criminel, et continuer de le faire tout en rendant par défaut l’internaute de base coupable jusqu’à preuve du contraire (but visé par HADOPI et HADOPI 2) a sans doute fait chuter cette proportion lors de ces dernières années pour en arriver là, et va continuer à la diminuer.

Pour résumer, et pour revenir à ce que je taxe au même titre que Stephanie de « lavage de cerveau », il s’agit de bien clarifier ceci: ce n’est pas parce que l’on assène une soi-disant vérité avec suffisamment d’insistance, de conviction et de persévérance qu’elle va en devenir plus vraie (hormis à l’aide des effets de bord cités ci-dessus). Rien ne prouve que la baisse des profits tirés d’oeuvres musicales ne soit due au piratage, il n’existe que des croyances et des convictions dans ce sens, comme il en existe dans l’autre (côté qui dispose pour l’instant de bien moins de lobbys pour son prosélytisme, ceci dit).

Là ou tout ceci devient particulièrement grave, c’est quand on se retrouve dans des cas tels que l’affaire Logistep, ou le Tribunal Administratif Fédéral juge que « l’intérêt public de la lutte contre le piratage l’emporte sur la protection des données », alors que RIEN de concret ne vient étayer l’aspect « d’intérêt public » d’une lutte contre le piratage !

Mais la chose nous a tellement été rabâchée (sans être justifiée) que même les juges oublient de se poser la question de sa pertinence. Et nous avons là un travestissement décidément bien laid de la notion « d’intérêt public », puisqu’il s’agit en réalité de défendre les intérêts d’un nombre de personnes physiques ou morales fort restreint en nombre, en comparaison du nombre de particuliers affectés en retour.

Il parait évident que les moyens engagés pour lutter contre cette supposée menace coûtent cher et génèrent un business parfois florissant, autant dans la lutte contre le piratage que dans les moyens de s’en protéger. Que de sommes investies ailleurs que pour la création d’oeuvres artistiques, ou leur achat, et qu’on a préféré utiliser pour forger quelques « exemples » juridiques censés faire peur (dernier exemple en date, estimations des moyens engagés par la RIAA pour le procès, 1 Mio $).

Le jour ou, par exemple, l’Office Fédéral de la Statistique publiera une étude crédible et cohérente sur le sujet, qui tendrait à confirmer que le piratage est LA cause de l’effondrement de l’industrie du divertissement, je serai le premier à revoir mon point de vue. Espérons qu’elle prenne en compte les évolutions de conjoncture économique, car ces temps, les industries automobiles périssent par exemple bien plus vite que les musicales.

Dans l’intervalle, mes propres observations, ainsi que divers cas tels que cités plus haut me poussent plutôt à croire que c’est un énorme mensonge, colporté par de grosses industries qui perdent des parts de marché au profit de plus petites entités (qui ne font par exemple pas partie du SNEP, et ne sont pas prises en compte dans leurs chiffres). Et si ce point de vue se confirme dans le futur, gageons que les personnes dont la réputation a été ternie afin de les décrédibiliser ne recevront pas de plates excuses.

Vis à vis du business de la musique comme dans de nombreux autres, internet a un immense impact, comme mentionné plus haut. Il faut dès lors y être présent pour ne pas partir perdant, à moins d’être sûr de ne compter aucun internaute dans son public cible. Mais cela ne suffit pas, il est également impératif de bien présenter, d’ailleurs un peu d’originalité et d’inédit se révèlent généralement « tout bénef' ».

Certains l’ont compris et se donnent de la peine (exemples 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7) et d’autres non (exemples 1, 2, 3, 4, 5, 6 7)

Il y a également ceux qui jouent sur un concept (et se produisent à Paléo), sur du très bon gout, du décalé (et cartonnent à l’Eurovision), ou du choquant (du coup, tout le monde n’aime pas ce qu’il fait, et on tente de le censurer, mais c’est une autre histoire). Tout comme son confrère de Marly-Gomont et les Chanteurs du Dimanche, c’est un exemple type de succès issu et dû au web.

Il existe également des groupes amateurs qui font bien mieux que certains pros.

Et là ou le peer to peer a assurément son utilité, hormis pour la découverte, c’est qu’il permet au particulier de trier avant l’achat le bon grain de l’ivraie, et de dénicher la perle rare (celle qui génère une émotion nouvelle, au milieu de l’indifférence que suscite le reste), qui n’a pas forcément des fonds démesurés pour s’imposer au premier rang des bacs. Et il a probablement apporté beaucoup à la qualité et l’originalité de ce que l’on trouve désormais, puisque c’est la valeur artistique de l’œuvre qui peut dès lors l’emporter, car elle ne se noie plus, ni face aux marées de créations bien réalisées mais sans relief, ni face à un marketing de milliers de francs voués à compenser un produit très moyen.

Le peer to peer a permis au consommateur d’avoir le choix et de devenir exigeant (ou boulimique) face à une abondance autrefois inaccessible. Ceci grâce aux possibilités très larges d’Internet, monde nouveau pour certains et inconnu pour d’autres. Inévitablement, nombre de gens préférant la peur irrationnelle à la découverte sans aprioris ont tôt fait de l’accabler de tous leurs maux, comme l’humain a si bien su le faire à de nombreuses reprises tout au long de son histoire.

On cherche bien vite à museler et à réduire au silence la bête terrible, sans même concrètement savoir de quoi il s’agit, et encore moins comment ca fonctionne.

Les internautes voient le ciel se déchainer autour d’eux alors que les DCMA, HADOPI, LOPPSI et autres tenatives de répression, de contrôle et de censure pleuvent et bafouent chaque jour plus de principes démocratiques sur leur passage. Ils se sentent parfois tels des Galilée devant le Saint-Ordre. Fort heureusement pour eux, les forces sont réparties très différemment.

Ces observations et remarques faites, je reviens à vous, François Pinard.

Vous qui vous scandalisez sur internet, auprès de ses « enfants », du fait qu’ils parlent (tout en vous « volant » honteusement), au sein de leur monde, de sujets qui l’impactent, dont ils ignorent évidemment tout alors que vous les maitrisez. Vous qui soutenez des lois liberticides, anticonstitutionnelles, qui n’aident en rien les artistes et ne font qu’augmenter l’ire de clients potentiels, et dont le premier technicien venu vous 1) confirmera l’inapplicabilité, 2) citera une dizaine de moyens de la contourner et 3) tentera de vous expliquer comment elle accusera des innocents qui n’auront pas la possibilité ou la capacité de se défendre.

Ils vous parleront aussi peut-être des dérives prévisibles, de concurrence déloyale ou même de neutralité du Net.

Vous, donc, qui exigez d’autrui une honnêteté intellectuelle à laquelle vous ne vous pliez aucunement lorsque vous :
– parlez d’arguments sans jamais en construire ni ne rien étayer
– balayez un avis, par une simple négation, un dénigrement ou en déformant son interprétation
– exigez des exemples, des listes, des chiffres sans produire ceux que vous annoncez
– considérez que votre intime conviction suffit face à des sceptiques

n’avez-vous pas un peu l’impression de faire le jeu de vos détracteurs, quand ceux-ci ramènent leur discours à un niveau rationnel et ouvert au débat et que vous êtes soudain « las » au moment précis ou il s’agirait d’avoir un discours construit ?

Allons, un peu de sérieux, en 4 ans de militantisme, vous n’avez pas réussi à mettre au point un argumentaire valable, étayé et cohérent, que vous pourriez nous servir ici par un simple copier-coller ?

Ceci dit, si le but est de continuer de s’y soustraire, chercher à déporter ledit « débat » (dont le fond est intimement lié à internet) dans le monde physique semble stratégiquement des plus judicieux…

Allez, quitte à déborder encore un peu du contexte de l’article, terminons par une touche un peu plus second degré (voire du 3ème pour les athées !).

Publicités

%d blogueurs aiment cette page :