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Toujours à propos de « Pirater n’est pas voler »

août 6, 2009

Pas d’inquiétude à propos de l’orthographe. Malgré un éventuel aspect pédagogique pour le lecteur, vous attaquer sur la forme reviendrait à rentrer dans votre jeu.

J’a accepté ( en plus de l’alimenter et de l’inciter) le débat public à l’instant ou j’ai réagi sur ce blog, j’ai peur de ne pas comprendre duquel de mes dires vous déduisez mon supposé refus.

Ou alors parlez-vous toujours d’un débat qui ait lieu dans le monde physique ?

J’anticipe un peu au cas où: ceci est tout simplement hors de question, pour ma part. Un échange qui commence sur internet, qui a trait à internet, qui implique internet, ne se déroulera pas ailleurs me concernant. Question de logique (Comment peut-on exiger d’un bûcheron que l’on désigne comme responsable d’une épidémie décimant les vers de terre de venir accueillir les critiques au fond d’une mine de sel ? On va en foret, sur son lieu de travail).

Concernant vos divers « constats » et « faits », toujours aucune référence à produire ? Même un lien tout nu, non mis en forme, brut, que sais-je, vous illumineriez ma journée…

Ou vous reprenez avec ce 40% l’un de mes clins d’oeils sur les chiffres du SNEP ?

Pourquoi vouloir à tout prix obtenir une compensation 1:1 compensant la « chute des ventes physiques ». Les producteurs de pétrole ne se font pas d’illusions sur leurs ventes, lorsque les voitures à hydrogène débarqueront pour le grand public.

Pour les chiffres de vente que vous proposez, ouvrez un compte WordPress comme je l’ai fait, vous pourrez faire une publication et y joindre des documents.

Ceci dit, dans « vos chiffres de vente », vous entendez uniquement ceux de vos productions ? Si c’est le cas, expliquer comment les interpréter au niveau suisse, européen ou mondial, ainsi que dans quelle mesure ils sont représentatifs de l’industrie musicale en général (ne) les rendra (que plus) intéressant.

la différence entre écouter un morceau sur un MP3 ou sur un CD, et ce en dehors du son

J’ai interprété « un morceau sur un MP3 » de la façon suivante: « un fichier audio au format MP3 résidant sur un lecteur multimédia portable ». Toutes mes excuses en cas de mécompréhension.

Pardonnez-moi également pour cette précision, qui tient un peu de la déformation professionnelle. En effet, dans la technique, et en particulier dans l’informatique (sur laquelle repose le Web), être ou faire « à peu près juste » revient quasi-systématiquement à faire totalement faux, avec toutes les conséquences désastreuses qui en découlent. Ce qui est autant valable quand on travaille dans le domaine que quand on tente de légiférer dessus.

Donc, sans entrer en matière sur la qualité de rendu audio, voici ce qui me vient à l’esprit:

– Le lecteur de fichiers MP3 ne produira pas de coupure du son consécutivement à des chocs, s’il fonctionne à base de mémoire FLASH
– Pour un morceau au format MP3 écouté sur un baladeur, pour peu qu’il soit issu d’un CD original dûment acquis, on aura rémunéré l’artiste 2 fois, puisqu’on aura aussi payé une redevance étant allée à la SUISA, qui ensuite rétribue les artistes (23 millions de francs d’encaissés pour 2008)

Peut-être vouliez-vous plutôt aborder la question de ces fichiers MP3 « forcéments » illégaux qui résident sur un baladeur, et dont il est inconcevable qu’ils soient soit légitimés par un pendant acquis légalement, ou même issus d’un CD original, comme permet de le faire l’immense majorité des lecteurs multimédias logiciels que l’on peut installer sur un ordinateur ?

Ne me faites pas passer pour ce que je ne suis pas

Mais encore ? Vous n’êtes donc pas un simple agitateur et pouvez prouver ce que vous avancez de manière crédible ? Même au delà de votre propre situation ?

comment les gens se procurent la musique aujourd’hui puisque ce n’est pas via le P2P que les gens “trouvent” l musique aujourd’hui:question c’est par quel biais ?

Euh, comment vous expliquer autrement qu’en vous proposant de tout relire…

Comment les gens trouvent ou découvrent-ils leur musique ?

Par le P2P, notamment.

Ensuite, s’ils font preuve d’honnêteté, ils achètent ce qui leur a plu, qui les a bouleversé, ou qu’ils ont écouté une semaine en boucle sans réussir à cerner pourquoi. Vous ne vous imaginez pas à quel point je regrette le défunt Audiogalaxy, et son option « Users who downloaded this song also liked… ». Persister dans l’honnêteté, en tant qu’étudiant, menait au bord de la famine 😉

Je compte sur vous pour ne pas vous dérober , vous qui m’avez accusé de le faire

S’il ne me fallait relever qu’une des interprétations fallacieuse de tous vos commentaires, ou même seulement du dernier, autant le faire avec celle-ci. J’avais évité l’exercice jusqu’à maintenant pour ne pas faire quadrupler la taille de mes commentaires, mais il semble temps de s’y adonner puisqu’il plombe le fil de discussion.

Si je vous ai accusé de quelque chose, c’est d’utiliser la dérobade pour éviter de devoir vous justifier. Et encore, je vous ai simplement demandé si vous n’aviez pas l’impression d’apporter du crédit à vos détracteurs en faisant mine d’utiliser cette méthode.

Mais je comprends votre intérêt stratégique a travestir le propos dans le but de susciter un sentiment d’obligation qui pousserait à accéder à votre requète. Tout comme le courrier non sollicité ou l’on devrait « soit payer, soit renvoyer » le contenu, ca ne prend pas.

Au cas ou une gène serait par ailleurs suscitée par une impression d’anonymat venant de mon pseudo, je vous invite à utiliser des outils en libre accès pour la dissiper.

personne ne vous a dit que nous étions pour une coupure d’internet

Si je vous suis, être signataire d’une lettre de soutien à un projet de loi dont c’est le but principal ne veut pas dire que vous êtes pour ?

le drame c’est qu’il n’y aucun civisme et que (vous) nous forcez à avoir des lois

Pour un problème dont aucune étude impartiale ne vient confirmer la cause, et dont quelques unes qui pourraient l’être pointent dans l’autre sens ? Je ne vois pas…

Le jour ou les grandes surfaces ne feront plus assez de bénéfice à leur goût sur la vente de dents de lion, il sera donc logique d’édicter une loi interdisant leur récolte dans la nature, et de mettre en place les moyens nécessaires pour répandre des pesticides sur toutes les surfaces « non agrées » ?

liberticide, le terme me semble mal choisi

Vous le dites vous-même, la finalité est la coupure (de l’accès internet). On bride donc la personne ou la famille concernée d’un vecteur, voire DU vecteur, pour nombre d’internautes, d’expression de leurs libertés civiques.

je veux bien passer pour le méchant

Vous vous en sortez bien 😉

n’importe quel informaticien arrivera à contourner la loi, super belle mentalité

Indépendament du jugement effectué, qui ne changera rien au fait, il se cache peut-être ici un élément de compréhension. Dans le monde réel tout comme sur internet, il y aura statistiquement toujours quelqu’un qui essaiera de réaliser soit le meilleur, soit le pire. Si les gens peuvent le faire, d’autant plus si c’est simple et pas cher, voire gratuit, ils le feront, belle mentalité ou non.

Indépendament de ceci, c’est aussi un monde ou vous (par « vous » j’entends « le particulier ») trouverez et pourrez utiliser légalement à peu près n’importe quel outil sans devoir débourser quoi que ce soit, si ce n’est les frais nécessaires à garder la porte ouverte sur ce monde. Là ou les choses deviennent payantes (mais pas systématiquement), c’est lorsqu’elles proposent une fonctionnalité qui va au delà de l’utilisation standard.

Il se pourrait donc bien que des inspirations soient à tirer du fonctionnement du monde du logiciel libre (ce qui est déjà le cas pour la « musique libre »), puisqu’il est très difficile de pouvoir fonctionner par une logique de vente classique vis à vis du consommateur particulier (par analogie aux logiciels non libres, mais qui sont gratuits pour une utilisation privée, mode de faire sans doute difficilement applicable à la musique).

J’ébauche donc en très, très, très résumé, les quelques principes du logiciel libre. Il existe divers types de licenses libres qui (toujours en résumant), spécifient généralement que le travail peut être repris, amélioré, intégré à autre chose, bref, utilisé sans autorisation explicite, dans la mesure ou la « source » et sa license sont transmises et rendues accessibles à tous. Les gens qui gagnent leur vie avec le logiciel libre ne vivent donc pas de sa vente, mais l’améliorent sans cesse tout en monnayant leur expertise quand à son utilisation, ou alors sont employés par des companies qui ont un intérêt et/ou tirent avantage de ce qui est développé. De nombreux projets libres (ou « Open source ») sont également soutenus par des dons.

Ce qui m’amène, dans cet élan (insoupçonné lors du début de la rédaction de ce commentaire), à une suggestion d’ébauche de système, qui pourrait ne rien donner, ou au contraire, beaucoup:

Imaginons une plateforme (web, s’entend), au niveau européen ou mondial, idéalement sous l’égide d’un organisme indépendant (disons l’ONU, à défaut de mieux et quitte à y réfléchir plus tard), qui serait chargée de récolter les dons d’internautes. Ceux-ci pourraient par ce biais, faire un don par rapport à une oeuvre (un album ou une unique chanson) ou l’ensemble d’une oeuvre d’un artiste. Il s’agirait pour l’artiste ou son représentant de s’inscrire auprès de cette plateforme, et à ses gestionnaires de vérifier l’authenticité de l’inscription. En toute logique, du côté « artiste/producteur », le don devrait être réparti entre personnes impliquées dans le processus de « confection » de l’oeuvre concernée.

On mettrait dès lors l’internaute en position de « mécène » (concept sauf erreur notamment mentionné par M. Pinard), ou il est entièrement responsable de la valorisation du contenu qui est apprécié.

On retrouvera évidemment dans ce contexte les « sangsues » qui jouissent sans donner en retour, à l’exact identique d’un phénomène bien connu des réseaux Peer to Peer, quand ils téléchargent et se déconnectent immédiatement pour s’affranchir du repartage qui est à la source même du principe de fonctionnement. Un phénomène fort heureusement absorbé par la masse contenant une proportion suffisante de gens qui jouent le jeu.

Kamini et la chanson du dimanche sont signés sur des majors (bou les idiots)

Vous êtes entièrement libre de vos opinions 😉

Tant mieux pour eux s’ils ont pu signer chez un major sans devoir retirer l’entier de leurs publications web. Personnellement, je regrette juste que leurs producteurs luttent contre et s’aliènent ce qui est fort probablement l’immense majorité de leur public.

Commentaire de commentaire…

août 5, 2009

(Ceci est un commentaire par rapport à cet article, qu’il n’était possible de publier autrement ;-))

Après quelques temps de réflexion, de lecture et de recherches, je me permets de revenir dans le coin avec un certain nombre d’observations et de commentaires sur des points qui me semblent importants.

Je commencerai par le SNEP (à ne pas confondre avec le SNEP ou les autres SNEP). Le Syndicat national de l’édition phonographique (syndicat français), membre de l’IFPI a donc pour but la défense des intérêts de ses membres, qui comptent 4 majors.

Je reproduis ici la définition qu’il se donne, pour vous économiser quelques clics (mais les « purs » vérifieront) : « Créé en 1922, le Syndicat National de l’Edition Phonographique regroupe 48 membres dont il est le porte-parole et le représentant, vis-à-vis du Gouvernement, des parlementaires et de l’administration, (ainsi) que des autres organisations professionnelles, de la presse et du public ».

Rien ne laisse penser qu’il soit lié à la moindre obligation d’objectivité, et il serait bien mal avisé de ne pas compter la propagande à son arsenal (ce qui est vraisemblablement le cas). Une objectivité que j’accorderais volontiers au Centre National des Variétés, qui semble être un équivalent de la SUISA suisse, mais étant sous la tutelle du Ministère de la Culture (qui démontre toute l’étendue de ses compétences ces temps-ci), une réserve me parait de mise. En passant, relevons brièvement que la SUISA, qui fournit nombre d’informations très utiles, se fourvoie elle aussi concernant le fonctionnement du Peer to Peer.

Le SNEP, dans cet esprit, propose donc des dossiers et des chiffres clés détaillant ses vues.

Entre les chiffres et les affirmations rarement étayées et aux sources inconnues (méthode curieusement familière), venant de Think tanks ou d’autres associations dont la partialité est avérée par le simple fait des causes et membres qu’ils représentent, on trouvera tout son bonheur pour soit:

– se morfondre quant à un manque à gagner évident
– se scandaliser du point précédent au vu de l’essor, voire de l’explosion des ventes de musique en ligne

selon de quel camp on se prévaut. Offrez-vous une pause au boulot, cherchez toutes les contradictions envisageables dans ces chiffres. Et imaginez quelle note on vous donnerait au collège pour des dossiers de cette qualité.

D’un point de vue expertise sur les problématiques liées à internet, l’avis d’Hervé Rony, actuel directeur si l’on en croit le blog du SNEP, concernant la problématique du filtrage de contenu, vaut le détour: « Si on peut le faire pour la pédophilie, on peut le faire pour la musique aussi. » Pour le néophyte, ceci revient à dire: Si l’on peut filtrer l’eau dans une station d’épuration, on peut bien filtrer des déchets nucléaires pour leur enlever leur radioactivité.

Plutôt que de me livrer à quelque démonstration ayant recours à divers détournements de sens, de syllogisme, d’interprétations et autres flous artistiques basés sur des hypothèses ne reposant sur rien de solide, je vais faire 3 observations.

D’entrée de jeu, et de manière répétée dans ces documents, Internet/le peer to peer/le piratage (3 éléments à ne pas confondre), allié au développement de connections à haut débit est, sans AUCUNE explication, désigné comme LA cause de l’effondrement des ventes de musique (dont les numériques ont toutefois augmenté de 40% de 2006 à 2007, selon les « chiffres clés »). On se satisferait apparemment d’une « évidence ».

Ah, si, pardon, une « explication » est fournie, ou du moins un très joli leurre. Il semblerait donc que mettre 2 graphiques en vis à vis, tout en s’auto-citant et en pointant un « coupable » du doigt, ait valeur de preuve. Ceci dit, utiliser le haut débit est une bonne idée, l’augmentation de la population mondiale ou le réchauffement climatique aurait fait rire un peu beaucoup de monde.

Je me souviens qu’en début d’année, j’ai pu remarquer, pendant une semaine entière, une corrélation directe entre la météo et le cours du SMI. Ceci dit, je me suis abstenu de défoncer les portes de Swissquote ou de la bourse de Zürich pour déclamer à l’assemblée que je détenais la Vérité. Ce genre de comportement convient très bien pour des Croisades, mais pas pour une argumentation cohérente. De plus, on y perd généralement plus qu’on y gagne.

Autre point d’intérêt:

Selon les chiffres clés du SNEP, « Le ratio entre téléchargements illégaux et téléchargements légaux est de 20 pour 1 ». Ok. Hormis la question de la source (SNEP, IFPI, la Française des Jeux, personne ?), on notera en passant l’amalgame classique entre « peer to peer » et « piratage/pillage », alors que nombre de sociétés et d’associations, (dont Blizzard avec World of Warcraft, ainsi que Jamendo, proposant de la musique libre de droits) l’utilisent de manière on ne peut plus légale. Je ne vous cache pas que déployer régulièrement des mises à jour de plusieurs centaines de Mégaoctets à des millions d’utilisateur, ca « peut » influer sur des chiffres.

Je reprends une autre observation du même PDF, disant que « Le ratio entre le nombre de fichiers « illégaux » et le nombre de titres légaux (échangés/téléchargés en 2007) est de 20 pour 1″. Mince, y aurait-il une corrélation (pour ne pas parler de rapport 1:1) entre la proportion de l’offre légale et les ventes réalisées ?!?

Et en 3ème…

Le SNEP propose des « dossiers » et en aucun cas des « sondages » ou des « statistiques », car il faudrait pour ce faire se baser sur un échantillon représentatif. Rien ne laisse penser qu’il se base sur autre chose que les chiffres fournis par ses membres, laissant la porte grande ouverte à la possibilité que le manque à gagner soit dû à la concurrence non représentée, « parce que non membre » plutôt qu’au vilain pirate. Mettons-nous un instant à la place de celui-ci: des industries, qui l’accusent d’un manque à gagner, fournissent des chiffres qui, une fois rassemblés par un syndicat des mêmes industries, fournissent la preuve de ce qu’ils avancent. En ce qui le concerne, il y a moins à redire sur le déroulement du processus démocratique iranien…

Mais passons, afin de nous encoubler sur un article de ce genre qui, en plus de montrer que des graphiques peuvent aussi aller dans le sens inverse à ceux du SNEP, cite des chiffres d’une étude faite par des gens dont c’est le métier.

On y dit notamment que « parmi les internautes fréquentant régulièrement les réseaux peer-to-peer entre 9 et 16 % sont également des consommateurs légaux de musique ». Entre une personne sur 6 et une personne sur 10, donc, à la louche. Sans qu’il ne faille y voir un lien, ces proportions me font penser à mon rapport « CD écouté/CD acheté » à l’époque ou je ne disposais que de l’écoute en magasin.

Mais en parlant de lien, ce qui est relativement certain, c’est qu’assimiler le pirate moyen à un criminel, et continuer de le faire tout en rendant par défaut l’internaute de base coupable jusqu’à preuve du contraire (but visé par HADOPI et HADOPI 2) a sans doute fait chuter cette proportion lors de ces dernières années pour en arriver là, et va continuer à la diminuer.

Pour résumer, et pour revenir à ce que je taxe au même titre que Stephanie de « lavage de cerveau », il s’agit de bien clarifier ceci: ce n’est pas parce que l’on assène une soi-disant vérité avec suffisamment d’insistance, de conviction et de persévérance qu’elle va en devenir plus vraie (hormis à l’aide des effets de bord cités ci-dessus). Rien ne prouve que la baisse des profits tirés d’oeuvres musicales ne soit due au piratage, il n’existe que des croyances et des convictions dans ce sens, comme il en existe dans l’autre (côté qui dispose pour l’instant de bien moins de lobbys pour son prosélytisme, ceci dit).

Là ou tout ceci devient particulièrement grave, c’est quand on se retrouve dans des cas tels que l’affaire Logistep, ou le Tribunal Administratif Fédéral juge que « l’intérêt public de la lutte contre le piratage l’emporte sur la protection des données », alors que RIEN de concret ne vient étayer l’aspect « d’intérêt public » d’une lutte contre le piratage !

Mais la chose nous a tellement été rabâchée (sans être justifiée) que même les juges oublient de se poser la question de sa pertinence. Et nous avons là un travestissement décidément bien laid de la notion « d’intérêt public », puisqu’il s’agit en réalité de défendre les intérêts d’un nombre de personnes physiques ou morales fort restreint en nombre, en comparaison du nombre de particuliers affectés en retour.

Il parait évident que les moyens engagés pour lutter contre cette supposée menace coûtent cher et génèrent un business parfois florissant, autant dans la lutte contre le piratage que dans les moyens de s’en protéger. Que de sommes investies ailleurs que pour la création d’oeuvres artistiques, ou leur achat, et qu’on a préféré utiliser pour forger quelques « exemples » juridiques censés faire peur (dernier exemple en date, estimations des moyens engagés par la RIAA pour le procès, 1 Mio $).

Le jour ou, par exemple, l’Office Fédéral de la Statistique publiera une étude crédible et cohérente sur le sujet, qui tendrait à confirmer que le piratage est LA cause de l’effondrement de l’industrie du divertissement, je serai le premier à revoir mon point de vue. Espérons qu’elle prenne en compte les évolutions de conjoncture économique, car ces temps, les industries automobiles périssent par exemple bien plus vite que les musicales.

Dans l’intervalle, mes propres observations, ainsi que divers cas tels que cités plus haut me poussent plutôt à croire que c’est un énorme mensonge, colporté par de grosses industries qui perdent des parts de marché au profit de plus petites entités (qui ne font par exemple pas partie du SNEP, et ne sont pas prises en compte dans leurs chiffres). Et si ce point de vue se confirme dans le futur, gageons que les personnes dont la réputation a été ternie afin de les décrédibiliser ne recevront pas de plates excuses.

Vis à vis du business de la musique comme dans de nombreux autres, internet a un immense impact, comme mentionné plus haut. Il faut dès lors y être présent pour ne pas partir perdant, à moins d’être sûr de ne compter aucun internaute dans son public cible. Mais cela ne suffit pas, il est également impératif de bien présenter, d’ailleurs un peu d’originalité et d’inédit se révèlent généralement « tout bénef' ».

Certains l’ont compris et se donnent de la peine (exemples 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7) et d’autres non (exemples 1, 2, 3, 4, 5, 6 7)

Il y a également ceux qui jouent sur un concept (et se produisent à Paléo), sur du très bon gout, du décalé (et cartonnent à l’Eurovision), ou du choquant (du coup, tout le monde n’aime pas ce qu’il fait, et on tente de le censurer, mais c’est une autre histoire). Tout comme son confrère de Marly-Gomont et les Chanteurs du Dimanche, c’est un exemple type de succès issu et dû au web.

Il existe également des groupes amateurs qui font bien mieux que certains pros.

Et là ou le peer to peer a assurément son utilité, hormis pour la découverte, c’est qu’il permet au particulier de trier avant l’achat le bon grain de l’ivraie, et de dénicher la perle rare (celle qui génère une émotion nouvelle, au milieu de l’indifférence que suscite le reste), qui n’a pas forcément des fonds démesurés pour s’imposer au premier rang des bacs. Et il a probablement apporté beaucoup à la qualité et l’originalité de ce que l’on trouve désormais, puisque c’est la valeur artistique de l’œuvre qui peut dès lors l’emporter, car elle ne se noie plus, ni face aux marées de créations bien réalisées mais sans relief, ni face à un marketing de milliers de francs voués à compenser un produit très moyen.

Le peer to peer a permis au consommateur d’avoir le choix et de devenir exigeant (ou boulimique) face à une abondance autrefois inaccessible. Ceci grâce aux possibilités très larges d’Internet, monde nouveau pour certains et inconnu pour d’autres. Inévitablement, nombre de gens préférant la peur irrationnelle à la découverte sans aprioris ont tôt fait de l’accabler de tous leurs maux, comme l’humain a si bien su le faire à de nombreuses reprises tout au long de son histoire.

On cherche bien vite à museler et à réduire au silence la bête terrible, sans même concrètement savoir de quoi il s’agit, et encore moins comment ca fonctionne.

Les internautes voient le ciel se déchainer autour d’eux alors que les DCMA, HADOPI, LOPPSI et autres tenatives de répression, de contrôle et de censure pleuvent et bafouent chaque jour plus de principes démocratiques sur leur passage. Ils se sentent parfois tels des Galilée devant le Saint-Ordre. Fort heureusement pour eux, les forces sont réparties très différemment.

Ces observations et remarques faites, je reviens à vous, François Pinard.

Vous qui vous scandalisez sur internet, auprès de ses « enfants », du fait qu’ils parlent (tout en vous « volant » honteusement), au sein de leur monde, de sujets qui l’impactent, dont ils ignorent évidemment tout alors que vous les maitrisez. Vous qui soutenez des lois liberticides, anticonstitutionnelles, qui n’aident en rien les artistes et ne font qu’augmenter l’ire de clients potentiels, et dont le premier technicien venu vous 1) confirmera l’inapplicabilité, 2) citera une dizaine de moyens de la contourner et 3) tentera de vous expliquer comment elle accusera des innocents qui n’auront pas la possibilité ou la capacité de se défendre.

Ils vous parleront aussi peut-être des dérives prévisibles, de concurrence déloyale ou même de neutralité du Net.

Vous, donc, qui exigez d’autrui une honnêteté intellectuelle à laquelle vous ne vous pliez aucunement lorsque vous :
– parlez d’arguments sans jamais en construire ni ne rien étayer
– balayez un avis, par une simple négation, un dénigrement ou en déformant son interprétation
– exigez des exemples, des listes, des chiffres sans produire ceux que vous annoncez
– considérez que votre intime conviction suffit face à des sceptiques

n’avez-vous pas un peu l’impression de faire le jeu de vos détracteurs, quand ceux-ci ramènent leur discours à un niveau rationnel et ouvert au débat et que vous êtes soudain « las » au moment précis ou il s’agirait d’avoir un discours construit ?

Allons, un peu de sérieux, en 4 ans de militantisme, vous n’avez pas réussi à mettre au point un argumentaire valable, étayé et cohérent, que vous pourriez nous servir ici par un simple copier-coller ?

Ceci dit, si le but est de continuer de s’y soustraire, chercher à déporter ledit « débat » (dont le fond est intimement lié à internet) dans le monde physique semble stratégiquement des plus judicieux…

Allez, quitte à déborder encore un peu du contexte de l’article, terminons par une touche un peu plus second degré (voire du 3ème pour les athées !).